mardi 27 octobre 2015

Notre démarche

  L’éducation sexuelle en France demeure désespérément pauvre et détournée de la connaissance de soi - et encore plus du plaisir. Chacune d’entre nous a dû explorer sa sexualité sans avoir facilement accès à une information respectueuse, bienveillante et ouverte. Nous avons constaté que bien souvent nous faisons face à deux types de parole « publique » sur la sexualité, chacun comportant des normes ou injonctions dont nous cherchons à nous détacher car elles nous enferment dans des schémas qui ne nous correspondent pas : 
  • soit un discours médical angoissant, voire culpabilisant ou dépréciateur ( sur nos pratiques ou notre orientation sexuelle). 
  • soit des injonctions hétéronormées et sexistes venant des magazines féminins par exemple, sur un mode "les conseils pour satisfaire votre homme au lit", "le must de l’été  : l’épilation intégrale", etc. 

   Et entre nous - entre copines, soeurs, cousines, etc. - les discussions se résument souvent à un étalage de nos problèmes (ce qui n’est pas toujours le plus enthousiasmant pour parler de sexe !) ou d’injonctions à la performance : "quoi comment ça tu ne jouis pas a chaque rapport sexuel ?!". Nous nous retrouvons alors livrées à nous-mêmes pour nous dépêtrer seul.e.s face aux normes contradictoires dont la société hétéropatriarcale nous bombarde : "sois une salope au pieux, mais pas trop" ; "détends toi, mais si tu ne jouis pas c’est que tu as un problème"; "la masturbation c’est sale, mais tu devrais connaître ton corps" ; "lâche-toi mais ton corps doit être ‘au top’" ; "explore les préliminaires mais la pénétration c’est quand même le must"; etc.

 Nous proposons donc de courtes scènettes tirées de nos expériences pour illustrer des aspects très " pratiques" de situations que nous avons vécues, et sur lesquels nous n’avions pas toujours appris à mettre des mots. Ce n’est parce que nous sommes féministes que nous sommes « sexuellement libérées » ou des superwoman du sexe : détecter les oppressions, toujours se questionner sur celles que nous pouvons potentiellement générer et avancer dans la connaissance de nous-même reste avant tout un processus d’émancipation et d’épanouissement. La publication de ce blog et les discussions qui l’ont fait naître participent d’une volonté d’auto-émancipation (ou empowerment) qui guide notre projet : avoir une sexualité qui nous fasse plaisir, qui ne nous frustre pas, qui ne nous culpabilise pas, qui prennent les formes qu’on veut, quand on veut, qu’on sache dire OUI et NON. 
   Apprendre à parler de sexualité ouvertement avec nos partenaires, avec nos amiEs, nos proches nous semble faire partie de la trajectoire féministe qui nous anime. Cela passe notamment par le fait de prendre conscience de ce qui nous fait plaisir, de trouver les mots pour le décrire et oser le dire.

Nous ne sommes ni des expertes de la sexualité, ni les représentantes de toutes les femmes et de leurS sexualitéS. 

Notre démarche ne consiste pas à exposer la liste exhaustive des questions que toutes les femmes du monde se posent sur leurs sexualités et leur plaisir, avec en prime nos réponses à leurs interrogations ! Nous ne prétendons pas détenir "Le Savoir" sur le plaisir, ni la clé d’une sexualité épanouie (à chacun.e de construire ce qui lui convient !) mais nous pensons que posséder un support ou un cadre pour discuter de ces sujets ou tout simplement y réfléchir, sans complexes et sans pression, ou injonctions à la performance, peut nous faire avancer dans la connaissance de nous-mêmes et de nos envies ! 

Ce blog ne présente pas un panel représentatif des sexualités des femmes, mais une illustration de nos propres vécus sur la sexualité. Ces histoires, ce sont les nôtres, ces personnages, ce sont nos propres avatars sous format BD. Nos histoires sont évidemment liées à nos situations sociales : elles sont marquées par diverses oppressions - notamment de genre et de sexualité - mais aussi caractérisées par plusieurs privilèges - nous sommes blanches, cis*, valides, diplômées de grandes écoles et/ou d’universités. Notre vécu de la sexualité est également très lié à notre âge : nous avons aujourd'hui entre 24 et 28 ans.



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