lundi 4 janvier 2016

Pour commencer l'année !





« Notre corps, nous-mêmes »

Pour ces premiers jours de l’année, nous avons choisi de vous offrir un petit voyage dans le passé et en particulier dans la préface du chapitre « Sexualité » de l’ouvrage collectif Notre corps, nous-mêmes, écrit en 1971 et publié d’abord aux Etats-Unis par le Collectif de Boston pour la santé des femmes, avant d’être traduit en France en 1977. Nous voulions partager ce beau texte avec vous parce qu’il résonne très fort avec l’esprit de notre projet, c’est à dire la transmission d’un « savoir » autonome produit par les femmes, issu de groupes de paroles ou d’ateliers collectifs. Cette revue va à l'encontre de certaines idées reçues sur le féminisme des années 1970 affirmant que celui-ci n’aurait pas traité des questions de sexualité. Ce court extrait confirme que le dialogue entre femmes entrepris il y a maintenant des dizaines d’années gagne à être transmis et poursuivi, dans des brochures, des blogs, des BD, mais aussi et surtout dans notre quotidien, nos rencontres et nos univers de vie ! 
Notre corps, nous-mêmes, qui n’est malheureusement plus édité (nous l’avons entre nos mains grâce à la famille d’une de nos membres !), comporte des passages « théoriques », de nombreux témoignages, des schémas, des explications, des dessins, des questions, des photos, tout ce que les femmes trouvaient intéressant de partager et de livrer à la discussion commune sur les thèmes les plus divers : le corps, le couple, la nutrition, le viol, les maladies, l’avortement, la sexualité hétéro et homo, la grossesse, la ménopause et le rapport à la médecine en général. 
Nous ne partageons pas nécessairement l’entièreté des propos mais nous voulions vous faire connaître ce texte et souligner que la réappropriation par les femmes de la connaissance d’elles-mêmes, de leur corps et de leur sexualité, propre au mode d’action féministe, est très précieuse à nos yeux. Bonne lecture ! 





La sexualité 

Préface 

Nous avons eu du mal à parler franchement de notre sexualité, ce fut une rude tâche. Nous avons cherché à établir un climat de confiance afin de nous exprimer, et le simple fait d’en parler a déjà commencé à nous libérer. Noter nos expériences, exprimer nos sentiments et nos peurs nous a fait faire un grand pas. Cela nous a permis d’accepter plus facilement notre sexualité, et de découvrir des aspects de notre personnalité que nous ignorions. Nous ne nous estimions qu’à travers le regard des hommes et cela se répercutait dans notre vie sexuelle. Le plaisir de l’homme passait avant le nôtre, le coït devenait le seul but ; à la limite on pouvait se passer de caresses et de jeux. Alors, nous avons redéfini la sexualité, nous nous sommes mises à l’écoute de notre propre désir, et nous nous sommes rendu compte que nous avions nos propres besoins sexuels. Nous avons voulu les exprimer. C’est seulement en sachant se faire plaisir qu’on peut arriver à vivre des relations réciproques et honnêtes. Nous avons compris que notre sexualité est complexe, car elle fait intervenir des facteurs physiques, psychologiques, affectifs et politiques. Ce chapitre est la somme de trois années de réflexion, de discussion et d’expérience, et c’est en ce sens que nous connaissons bien notre sexualité : nous avons partagé expériences et découvertes. Cet échange nous a apporté infiniment plus d’informations et de soutien que n’importe que livre de technique ou de vulgarisation sexuelle. Si vous voulez découvrir votre sexualité, sachez où vous en êtes. Faites confiance à votre sensibilité et prenez dans ce livre ce qui vous sera utile. On ne pourra jamais assez insister sur la nécessité pour chacune d’aller à son propre rythme. Dans ce chapitre, nous partons d’un point de vue général sur la sexualité pour arriver à des sujets tels que la masturbation, les actes d’amour, les fantasmes. Nous ne intéressons pas à notre sexualité pour amplifier et améliorer nos orgasmes, mais afin de comprendre pourquoi les femmes sont poussées à ne voir dans la sexualité qu’un rapport de rivalité. Nous dénonçons les mythes qui nous ont détruites. Nous voulons en sortir et nous solidariser pour devenir capables de relations amoureuses ouvertes. Mais avant d’aimer les autres, il faut s’aimer soi-même. Respecter nos besoins, regarder en face notre sexualité libérera une grande énergie pour d’autres activités. 

Un conditionnement culturel 

Nous sommes toutes tellement opprimées par des images, des recettes et des tabous qu’il nous est  presque impossible de penser la sexualité hors des critères de réussite ou d’échec. La révolution sexuelle et ses « devoirs » - l’orgasme à tout prix, l’amour à plusieurs, l’homosexualité- nous ont laissé croire que nous devions être capables d’avoir impunément des rapports sexuels, sans anxiété, dans n’importe quelles conditions et avec n’importe qui. Sinon, c’est qu’on était une « bêcheuse ». Cette exigence nous aliène autant que le puritanisme victorien que nous rejetons si fièrement. Robin Morgan dit (et nous avec elle) : 
« Adieu à la culture hippy et à la soi-disant révolution sexuelle qui a joué pour la liberté des femmes le même rôle que la reconstruction pour celle des anciens esclaves –réintroduisant l’oppression sous un autre nom. »

On se trouve prise entre deux feux : le message qui vient des parents, de l’Église et de l’École – le sexe, c’est sale, et c’est à nous de sauvegarder notre pureté pour l’amour de notre vie-, l’autre, contradictoire, issu des magazines tels que Playboy, Lui, etc. de presque tous les journaux féminins et de la publicité, à la télévision ou ailleurs… nous demandant d’être de « chouettes nanas libérées ».
Il s’agit de refuser ce modèle et de s’attaquer au profond préjugé de l’inégalité sexuelle entre les hommes et les femmes. La « frigidité » ou la « maladresse » au lit ne sont pas coupées des réalités sociales que nous vivons quotidiennement. Si l’on se sent inférieure à quelqu’un, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on reproduise cette infériorité. Il est évident qu’un homme ne peut éprouver que du mépris pour une femme qu’il ne considère pas comme son égale! 
Cette culture dominée par les hommes nous maintient dans cette situation, et l’on se demande comment ce sentiment d’infériorité pourrait s’évanouir entre les draps !




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