On associe le vaccin contre les papillomavirus aux collégiennes, à la campagne de cinquième, aux carnets de santé des enfants. Pourtant, depuis la fin de l’année 2025, il concerne aussi beaucoup de femmes qui ont passé l’âge du collège depuis longtemps. Le rattrapage est désormais recommandé et remboursé jusqu’à 26 ans révolus, pour toutes et tous. Si on a vingt, vingt-trois ou vingt-cinq ans et qu’on n’a jamais été vaccinée, la question mérite d’être posée à sa sage-femme, à son médecin ou à son pharmacien.
Ce qui a changé, et quand
Pendant des années, le rattrapage s’arrêtait à 19 ans pour la population générale. Il n’allait jusqu’à 26 ans que pour certaines personnes, notamment les hommes ayant des relations avec des hommes. En mai 2025, la Haute Autorité de santé a recommandé d’élargir ce rattrapage aux jeunes femmes et aux jeunes hommes jusqu’à 26 ans révolus, indépendamment de leur orientation sexuelle.
Le remboursement a suivi quelques mois plus tard. Un arrêté du 9 décembre 2025, publié au Journal officiel le 12 décembre, a ouvert la prise en charge du Gardasil 9 dans cette nouvelle tranche d’âge, comme l’a détaillé le Vidal. Le calendrier vaccinal 2026 intègre désormais ce rattrapage élargi. Concrètement, une femme de 24 ans qui n’a jamais reçu de dose peut aujourd’hui se faire vacciner avec la même prise en charge qu’une adolescente hors campagne scolaire.
La priorité reste la même : vacciner entre 11 et 14 ans, l’âge où le vaccin donne la meilleure protection. Le rattrapage est une seconde chance, pas une nouvelle norme. Mais pour toute une génération qui a grandi au moment où le vaccin suscitait encore beaucoup de méfiance, et où la couverture vaccinale en France restait faible, cette seconde chance compte.
Pourquoi ça vaut le coup après 20 ans
Les papillomavirus humains sont des virus extrêmement répandus, transmis lors des contacts intimes, avec ou sans pénétration. La plupart des infections disparaissent seules. Certaines persistent et peuvent, au fil des années, provoquer des lésions précancéreuses puis des cancers. Selon sante.fr, environ 6 400 cancers par an en France sont liés à ces virus, et le cancer du col de l’utérus est le plus fréquent d’entre eux. Un cas sur quatre concerne d’ailleurs des hommes, ce qui explique que la recommandation vise aussi les garçons.
Le site public d’information santé rappelle que, administré avant le début de la vie sexuelle, le vaccin protège à près de 100 % contre les types de virus qu’il couvre. Il cite aussi des études menées en Suède, en Angleterre et au Danemark depuis 2020, selon lesquelles la vaccination précoce évite neuf cancers du col sur dix.
Après les premiers rapports, l’efficacité est moindre, et il faut le dire franchement. On a pu déjà rencontrer un ou plusieurs de ces virus. Mais le vaccin actuel couvre neuf types différents, et il est rare d’avoir été exposée à tous. Il protège aussi contre les condylomes, ces verrues génitales bénignes mais pénibles à traiter. C’est tout le raisonnement de la HAS : mieux vaut une protection partielle qu’aucune, tant qu’on est jeune adulte. Pour savoir ce qu’il en est dans sa situation, la discussion avec un professionnel reste le meilleur point de départ.
Comment ça se passe en pratique
Entre 15 et 26 ans, le schéma de rattrapage comporte trois injections, réparties sur environ six mois. La deuxième se fait au moins un mois après la première, la troisième au moins trois mois après la deuxième. Il faut donc anticiper un peu, surtout si on prévoit de déménager ou de partir longtemps à l’étranger dans l’année. Si on a commencé un schéma il y a quelques années sans le terminer, inutile de tout recommencer en principe : le professionnel de santé verra comment le compléter à partir du carnet de vaccination.
Côté interlocuteurs, l’éventail est large. À partir de 11 ans, la plupart des vaccins du calendrier peuvent être prescrits et administrés par un médecin, une sage-femme, un pharmacien ou un infirmier, comme le résume l’agence régionale de santé d’Île-de-France. On peut aussi se faire vacciner dans un centre de santé sexuelle, un centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic, ou certains centres de vaccination publics.
Le vaccin est remboursé à 65 % par l’Assurance maladie, et le reste est en général pris en charge par la complémentaire santé. Il est gratuit pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire et dans certains centres municipaux ou départementaux. Avant de se lancer, un coup d’œil à son contrat de mutuelle évite les mauvaises surprises.
Le moment peut aussi se combiner avec d’autres rendez-vous. La HAS souligne que l’injection peut se faire le même jour que le rappel diphtérie-tétanos-coqueluche-polio prévu à 25 ans, ou que le rattrapage contre les méningocoques recommandé jusqu’à 24 ans. Le rendez-vous « Mon bilan prévention », proposé entre 18 et 25 ans, est une occasion toute trouvée d’en parler.
Les effets secondaires, sans dramatiser ni minimiser
Le vaccin contre les HPV a fait l’objet de nombreuses rumeurs, et on comprend qu’on puisse hésiter. Les effets les plus fréquents décrits par sante.fr sont locaux : douleur, rougeur ou gonflement au point d’injection. Un peu de fièvre ou des douleurs musculaires peuvent suivre. Une réaction allergique grave reste très rare, de l’ordre d’un cas pour 450 000 personnes vaccinées, et c’est pour cela qu’on reste un quart d’heure sur place après la piqûre. Ce délai sert aussi à prévenir les malaises, qui ne sont pas rares chez les ados comme chez les jeunes adultes face aux aiguilles.
Sur la question des maladies auto-immunes, souvent évoquée, les études disponibles n’ont pas montré d’augmentation du risque liée à la vaccination. Les contre-indications sont limitées : une allergie à l’un des composants, ou une réaction allergique lors d’une injection précédente. En cas de fièvre ou d’infection aiguë le jour prévu, on décale simplement le rendez-vous.
Un point concerne particulièrement les femmes qui ont un projet de bébé : la HAS indique qu’il vaut mieux reporter la vaccination après une grossesse. Si on apprend qu’on est enceinte entre deux doses, on en parle avec la personne qui suit la grossesse, qui décidera de la suite du schéma. Pour celles qui suivent leur cycle de près, notre article sur les quatre phases du cycle aide à mieux connaître son corps entre deux rendez-vous.
Vaccinée ou pas, le dépistage continue
C’est le message que tous les organismes officiels répètent, et il est essentiel : le vaccin ne remplace pas le dépistage du cancer du col de l’utérus. Il ne couvre pas tous les types de papillomavirus impliqués, et une infection a pu survenir avant la vaccination. Le suivi gynécologique reste donc indispensable, que l’on ait reçu trois doses ou aucune.
Le rythme recommandé est d’un examen tous les trois ans entre 25 et 30 ans, puis tous les cinq ans entre 30 et 65 ans, avec un test qui recherche directement la présence des virus à partir de 30 ans. Ces examens peuvent être réalisés par un gynécologue, un médecin généraliste ou une sage-femme. Profiter du rendez-vous de vaccination pour vérifier où on en est de son dépistage, c’est faire d’une pierre deux coups.
Si on a dépassé 26 ans
Au-delà de 26 ans révolus, le rattrapage n’est plus recommandé pour la population générale ni remboursé dans ce cadre. Cela ne veut pas dire qu’on est sans ressources : le dépistage régulier reste l’outil qui permet de repérer très tôt des lésions et de les traiter avant qu’elles n’évoluent. Pour des situations particulières, comme une immunodépression ou une greffe à venir, il existe des recommandations spécifiques à discuter avec son médecin.
Prendre soin de sa santé passe aussi par ces gestes de fond, moins spectaculaires qu’une nouvelle routine mais bien plus durables, au même titre que les bases d’une bonne immunité ou un regard attentif sur ses réserves en fer. Une question à son pharmacien la prochaine fois qu’on passe au comptoir, et le sujet peut être réglé en trois rendez-vous.
Cet article est une information générale et ne remplace pas un avis médical. Sources : Haute Autorité de santé, recommandation du 13 mai 2025 ; arrêté du 9 décembre 2025 (JO du 12 décembre 2025) et Vidal, 19 décembre 2025 ; sante.fr, « Tout comprendre sur le vaccin contre les infections à papillomavirus humains » ; ARS Île-de-France.