mercredi 27 avril 2016

Hélène Bonardi

La dessinatrice de Plaisirs de Meufs, Hélène Bonardi – que nous aimons très fort ! – est illustratrice. Nous vous invitons à consulter son blog.






Et pour mieux la connaître, une interview en direct!


- Est-ce que tu pourrais nous en dire plus sur ta pratique du dessin ? Quel-le-s sont les dessinateurs/trices de BD qui t’influencent ?
Je travaille à l'ancienne, avec mes crayons, mes pinceaux, mon encre de Chine et l'aquarelle et le moins possible sur ordinateur. J'ai une tablette graphique forcément mais je l'utilise vraiment en bout de course pour les retouches et pour les besoins du numérique. Y a un côté un peu brouillon et spontané des traits et de la mise en couleur dans Plaisirs de meufs, qui est aussi dû à l'exercice particulier du blog, où on doit sortir une anecdote toutes les deux semaines.
Pour ce qui est des influences, je citerai trois auteur-e-s : Claire Brétécher, Reiser et Franquin, qui m'ont vraiment marquée autant pour leur style artistique que pour les sujets qu'ils abordent et le contenu de leurs œuvres.
Je travaille plutôt aux coups de cœur, j'ai besoin que mon travail ait du sens, enfin j'aime quand c'est militant. Je suis assez lente aussi, dans la conception surtout, la réalisation va souvent plus vite, mais je pense que c'est bien de prendre le temps. Je fais quelques logo, pas mal d'illustrations et d'affiches. Et en ce moment, en même temps que Plaisirs de meufs, je peins des fresques sur la flore sauvage et les arbres de la montagne dans les chambres d'un hôtel. Les deux projets en parallèle, c'est assez complémentaire. 

- Comment est-ce que tu dessines la sexualité dans le projet Plaisirs de Meufs ? Quelles sont les difficultés que tu rencontres à mettre en scène nos anecdotes ?

J'ai adoré le projet ! Quand j'ai reçu votre première discussion, j'ai été touchée par cette parole simple, brute, joyeuse, plurielle et bienveillante. Je rigole bien en vous dessinant mais ça demande aussi pas mal de réflexions finalement de dessiner sur la sexualité. Mais... comment dire, ces réflexions, je les formalise que maintenant en discutant après coup, au départ, le dessin c'est très intuitif. (Ça ne veut pas dire que ça va vite, au contraire, travailler à l'intuition, ça peut prendre beaucoup de temps en terme de cheminement intérieur). Mais disons que je mets des mots après avoir dessiné.
C'est une histoire de dosage. Votre discussion est décomplexée, c'est le but, et ma tache c'est de retranscrire vos propos en dessin. Or, le dessin c'est beaucoup plus immédiat qu'un texte et ça peut être plus violent pour le lecteur, et ça peut être sujet à beaucoup d'interprétations aussi.
J'ai envie de dessiner le sexe de manière décomplexée et avec ce qu'il faut de « vulgaire », parce que c'est ça qui est drôle et c'est là que c'est transgressif. On va pas parler et dessiner châtié, on est pas là pour flatter le bon goût bourgeois ! Mais il faut pas tomber pour autant dans le gras ou le glauque et je pense qu'il faut aussi que ça soit accessible au maximum. C'est pas la peine de choquer pour choquer en mettant des bites dans tous les sens. Le but de Plaisirs de meufs, c'est d'ébranler un discours sur le sexe qui est dominé par un discours médical angoissant et aseptisé, des jugements moraux normatifs et culpabilisants, ou du porno hardcore et axé sur la performance... et je pense que l'objectif c'est aussi de s'adresser à tout le monde !
Dans les années 60, dessiner un cul, une bite, une chatte, ne serait-ce que des seins, c'était déjà subversif en soi, parce que tout était caché et verrouillé. Maintenant, des culs, on en voit à la pelle, à l'arrière des bus, dans les séries télé, les pubs.. en dessiner un de plus, ça n'a plus rien de révolutionnaire. Je pense que la plus grosse difficulté, elle est là : comment dessiner un cul d'un point de vue révolutionnaire ?

- Comment représentes-tu les corps dans le cadre d’une réflexion féministe ?

On est quand même très imprégné(e)s de la représentation des femmes dans un monde de la BD très très très masculin. Je me suis pas mal remise en question là dessus, et j'ai retravaillé mes nues sur une esthétique différente, d'un point de vue féminin et pas que féministe je pense. J'étais très marquée inconsciemment (et je l'aurais pas cru) par la sur- représentation des corps féminins dessinés par les hommes. Des corps objets finalement. Je repense au premier dessin que j'avais fait de Manon sous la douche. Je l'avais dessinée vachement cambrée, alors que cette cambrure n'avait aucun sens. Si on est toute seule sous la douche, y a aucune raison qu'on balance son cul en arrière sauf à jeter un regard par dessus l'épaule vers UN lecteur. Et je crois que les femmes ont tellement été dessinées pour un lecteur mâle que même moi inconsciemment, j'avais pris cet angle. Bon y a pas que la BD, la moindre pub de savon, c'est un corps de femme érotisé au possible, et érotisé par et pour les hommes. Ben du coup, j'ai repensé cette vignette, non pas en regardant Manon, mais en me mettant à sa place et je me suis imaginée la position que j'aurais moi dans sa situation. Je ne saurai peut-être pas mettre les mots pour dire comment mes représentations des nues ont changé, c'est comme si elles avaient changé de l'intérieur. L’idée c'est que j'essaye de vous dessiner en sujet parlant et pas en objet regardé.
Parce qu'un dessin c'est pas du tout anodin, nos sexualités sont politiques, c'est complètement vrai, mais nos représentations aussi ! Une image, c'est vecteur de tellement de clichés, de sous-entendus, de social incorporé... Et finalement, la bienveillance comme la subversion que vous adoptez dans vos discussions, je les cherche aussi dans mes dessins.
À propos de la représentation de vos corps, donc de corps de femmes, j'essaie d'intégrer une demande que vous m'avez faite, c'est à dire que ces corps ne soient pas parfaits, mais pour imparfaits qu'ils soient, je veux qu'ils soient beaux. L'idée c'est de sortir de la dichotomie : un corps érotisé, mince et lisse est beau, et au contraire, un corps gras ou maigre, poilu, ou boutonneux est laid, ou comique, ou ridicule. J'essaye que les corps soient différents, comme vous l'êtes, avec des défauts, mais qu'ils soient beaux comme ça ! Je travaille et j'affirme un regard féminin et féministe.
En tous cas, depuis 6 mois qu'on a lancé le blog, si j'ai avancé sur ces questions de la représentation des corps, du cul, tout ça, y a encore plein de nouvelles questions, à chaque nouvelle anecdote. Le défi, c'est de pas s'enfermer non plus dans une routine. Si le format est presque toujours de deux planches par anecdote, à l'intérieur, j'essaie que ça bouge dans le style et que les dessins percutent autant que les paroles ! 

mercredi 2 mars 2016

De nouvelles chatte-aignes dans notre chatte-aignier participatif!



Un très grand merci à Fanny et à Gladys Hackière pour leur contribution!!!

Et on remercie au passage toutes les personnes qui nous ont envoyé de jolis mots dans notre boite mails, ça fait plaisir!
Si vous souhaitez nous envoyer un message, notre adresse est : plaisirsdemeufs@gmail.com